ORIENTATIONS POUR L'ETUDE ET L'ENSEIGNEMENT DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE DANS LA FORMATION SACERDOTALE

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CSD

CONGREGATION POUR L'EDUCATION CATHOLIQUE

ROME 1988

 

PRELIMINAIRES

1. En ces dernières décennies, la Congrégation pour l'Education Catholique, attentive aux exigences issues du renouveau conciliaire, a présenté plusieurs fois aux Séminaires et aux divers Instituts d'études théologiques des directives appropriées aux différents secteurs de la formation sacerdotale.1 A présent, elle estime opportun de s'adresser à nouveau aux Evêques, aux Educateurs des Séminaires et aux Professeurs pour proposer quelques orientations sur l'étude et l'enseignement de la doctrine sociale de l'Eglise.

En prenant cette initative, on a conscience de venir au-devant d'une vraie nécessité, vivement ressentie aujourd'hui de toute part, de faire bénéficier la famille humaine des richesses contenues dans la doctrine sociale de l'Eglise, grâce au ministère de prêtres bien formés et conscients des multiples devoirs qui les attendent. Aujourd'hui, en un moment si riche d'approfondissements et d'études sur ce thème, comme le montre entre autre la récente encyclique Sollicitude rei socialis de Jean-Paul II, il est très important que les candidats au sacerdoce acquièrent une idée claire sur la nature, les finalités et les composantes essentielles de cette doctrine, pour pouvoir l'appliquer dans l'activité pastorale dans son intégrité, telle qu'elle est formulée et proposée par le Magistère de l'Eglise.2

La situation en ce domaine est en effet telle, qu'elle demande un éclaircissement opportun des différents concepts, comme on le verra dans les divers chapitres des présentes " Orientations ".

On remarquera avant tout qu'en ces " Orientations " reviennent indistinctement les deux termes: " doctrine sociale " et " enseignement social " de l'Eglise. On n'ignore pas les nuances impliquées en chacun d'eux. " Doctrine " en effet souligne davantage l'aspect théorique du problème et " enseignement " l'aspect historique et pratique, cependant l'un et l'autre veulent indiquer la même réalité. Leur usage alterné dans le Magistère social de l'Eglise, aussi bien le Magistère solennel qu'ordinaire, pontifical et épiscopal, indique l'équivalence réciproque.

Au-dessus de tout conflit de paroles ou d'expressions, la réalité indiquée par doctrine sociale ou enseignement social, constitue " un riche patrimoine ", que l'Eglise a acquis progressivement en puisant à la parole de Dieu et en prêtant attention aux situations changeantes des peuples aux diverses époques de l'histoire. C'est un patrimoine qui doit être conservé avec fidélité et développé au fur et à mesure des réponses faites aux nouvelles urgences de la société humaine.

2. Aujourd'hui, la doctrine sociale est appelée de façon de plus en plus insistante à apporter sa contribution spécifique propre à l'évangélisation, au dialogue avec le monde, à l'interprétation chrétienne de la réalité et aux orientations de l'action pastorale, pour éclairer à l'aide de principes sains les diverses initiatives prises sur le plan temporel. En effet les structures économiques, sociales, politiques et culturelles sont en train de faire l'expérience de profondes et rapides transformations qui mettent en jeu l'avenir lui-même de la société humaine; elles ont par conséquent besoin d'une orientation sûre. Il s'agit de promouvoir un vrai progrès social qui requiert, pour garantir effectivement le bien commun de tous les hommes, une juste organisation de ces structures; si cela n'était pas fait, on aurait le retour des grandes multitudes vers cette situation de " joug quasi servile ", dont parlait Léon XIII dans Rerum novarum.3

Il est donc évident que le " grand drame " du monde contemporain, provoqué par les multiples menaces dont s'accompagne souvent le progrès de l'homme, "ne peut laisser personne indifférent".4 C'est pour cela que se fait plus urgente et décisive la présence évangélisatrice incessible de l'Eglise dans le monde complexe des réalités temporelles qui conditionnent le destin de l'humanité.

Toutefois, si l'Eglise intervient en ce domaine, elle reste consciente de ses propres limites. Elle ne prétend pas apporter une solution à tous les problèmes présents dans la situation dramatique du monde contemporain, d'autant plus qu'il existe de grandes différences de développement entre les nations et bien diverses sont les situations où se trouvent engagés les chrétiens.5 Mais l'Eglise peut et doit donner, à la " lumière qui lui vient de l'Evangile ",6 les principes et les orientations indispensables pour la juste organisation de la vie sociale, pour la dignité de la personne humaine et pour le bien commun. De fait le Magistère est intervenu et intervient souvent en ce domaine, avec une doctrine que tous les fidèles sont appelés à connaître, à enseigner et à appliquer. Pour cette raison, il convient de réserver une place spéciale, en harmonie avec les études de philosophie et de théologie, à l'enseignement de cette doctrine dans la formation des futurs prêtres, comme s'est exprimé clairement à ce sujet Jean XXIII7 et comme on désire le rappeler à nouveau dans ces " Orientations ", étudiées en collaboration avec la Commission Pontificale " Justice et Paix " et approuvées par l'Assemblée Plénière de la Congrégation pour l'Education Catholique.

La structure du document se compose de six chapitres, dont les cinq premiers se réfèrent à la nature de la doctrine sociale de l'Eglise: sa dimension historique, théorique et pratique dans les trois éléments qui la constituent, à savoir les principes permanents, les critères de jugement et les directives d'action. Le sixième chapitre présente quelques indications pour garantir aux candidats au presbytérat une formation adéquate en matière de doctrine sociale.